Critiques

Psycho Tropical Berlin

En ce moment, je me passe en boucle l’album Psycho Tropical Berlin de La Femme, dont je ne me lasserai pas. J’aime ce côté pop-rock excentrique aux influences foisonnantes. Entre science-fiction, nouvelle vague, retro 80’s et drame gothique, cette musique éclectique se crée un univers original de part son côté visuel : tant dans ses paroles que dans ses choix instrumentaux et rythmiques, elle utilise quasi-constamment la suggestion et exploite notre imaginaire. Parfois, les paroles sont certes un peu trop légères ou hermétiques, mais certains passages sont géniaux : tantôt barrés au possible (Antitaxi, La Femme, Hypsoline…), tantôt nous plantant un décor dépaysant (It’s Time To Wake Up, From Tchernobyl With Love…). Et puis c’est goddamn fresh !

« Amour, 28 avril 86. Je suis encore dans le réacteur. Malgré que je désapprouve le fait de t’écrire, j’ose l’âme en peine te crayonner ces quelques mots doux sur un bout de papier. La vie n’est plus la même depuis la catastrophe, les industries les plus polluantes ont été localisées. J’essaie tant bien que mal de garder le sourire et de ne pas me laisser aller. Dis aux enfants que leur papa reviendra très vite, je les aime. Le silence est insupportable, l’espace manque et la démographie décroit à vitesse grand V. Mais j’y crois encore, j’y crois encore. Toujours des débris, encore chaque jour. Une mission : tout détruire. Les rayons gamma raffolent de ma chair. La chair est plus importante que l’eau. Le plus important sûrement c’est de croire que l’on reviendra un jour. Alors si toi aussi tu penses à moi, c’est que sans doute nous nous rejoindrons très vite. »

From Tchernobyl with love

« Tu dors encore à mes côtés. Les deux soleils sont levés. Comme chaque matin, j’ai de la chance. J’ai mes deux reins et je suis vivante. Toujours ensemble pour la journée. Toujours. Toujours. Toi mon survivant. Une nouvelle a commencé. Dans ton corps, une puce électronique. Volontaire obligatoire. Moi et toi contre les autres. Toujours. toujours. C’est la faute aux autres, la faute aux autres. Ce qui s’est passé t’a rendu plus fort, ce qui s’est passé. C’est vrai ce que l’on dit de l’autre côte. L’herbe est verte, le vin est rouge. Il y a onze j’ai rencontré, une chose très rare bien regarder. Contre sa peau je resterai. […] Je veux rentrer chez moi. 2023. […] Tout le monde s’est fait tuer, pour être leurs esclaves. La silicose. La guerre était finie. Mata Hari. Vous allez mourir, vous allez mourir. Je dis la vérité, la vérité. 2023. »

It’s Time to Wake Up (2023)

NOTE ATTRIBUÉE À L’ALBUM : 17/20

Big Eyes, Little Balls ?

Affiche Big Eyes

Big Eyes (2015)
Film de Tim Burton

Grand fan de Burton, j’en attendais beaucoup de Big Eyes, bien que les mauvaises critiques dissipent peu à peu mon envie. Premièrement, parce que le dernier biopic qu’il avait réalisé, Ed Wood, est considéré par beaucoup comme son meilleur film à ce jour. Deuxièmement, parce qu’il semblait s’éloigner de son style habituel – à commencer par ses acteurs, qu’il remplace par un prestigieux tandem, puis ensuite au niveau photographique, avec une image très solaire rappelant le « sursaut » Big Fish. Troisièmement, parce qu’avec un chef-d’oeuvre comme dernier film – Frankenweenie -, on pouvait espérer qu’il continue à remonter la pente… Mais est-ce le cas ?

(suite…)

Arnaud Rebotini, l’électro dans le sang

Coup de cœur, découvert en janvier dernier lors du visionnage d’Eastern Boys de Robin Campillo, dont Arnaud Rebotini a signé une partie de la bande-originale – deux-trois morceaux qui viennent rehausser un album globalement inachevé et peu inventif. J’ai été immédiatement frappé par son talent à manier l’électro comme du cristal. Ses titres sont lents et hypnotiques, parfois trop criards et aléatoires, mais toujours emprunts d’une magie visionnaire, qui nous transporte dans un ailleurs sombre et torturé.

Je trouve « Who’s Gonna Play This Old Machine ? » (7) absolument superbe, chaque écoute est comme une redécouverte. J’aimerais me la passer en boucle pendant des nuits entières. « The First Thirteen Minutes Of Love » (1) joue davantage dans le registre du trip psychédélique. Il produit chez moi l’effet d’un cheminement aérien infini dans un tunnel vitré, surplombant une ville futuriste aux édifices chromés. Les lumières m’éblouissent. Je suis soudain rattrapé par les progrès ahurissants de la science, qui me rendent étranger à cette société. J’aimerais rentrer chez moi mais le spectacle est trop beau. Ma rétine s’imbibe de lumière, mon crâne s’ouvre. L’air ambiant oxyde mon cerveau. Mon corps tout entier est comme soumis à leurs mises à jour. Je ne comprends plus ce qu’il se passe, les lumières sont trop fortes. Ma vue s’obstrue, des bruits assourdissants me font perdre connaissance. Au réveil, je suis des leurs. « The Choir of the Dead Lovers » (9) est au contraire un transport sombre, terrestre et mouvementé. Son ascension est lente et viscérale, comme un voyage vers les profondeurs de l’Enfer. Un cri retentit au fond d’une grotte, un amas de corps décharnés me tend désespérément des mains en lambeaux, mais le wagon fait route et il disparaît peu à peu…

NOTE ATTRIBUÉE À L’ALBUM : 16/20

Quand Katerine habille Dombasle

Petite découverte du jour… Grand fan de Katerine, j’ai été plutôt plutôt mitigé concernant l’album Glamour à mort créé pour Ariel Dombasle, qui semble avoir été écrit avec les pieds et composé par un pingouin manchot sous morphine (mes excuses à la communauté des manchots). Le tout est mou, répétitif et peu recherché. Mais après plusieurs écoutes en résulte pourtant un sentiment agréable. Deux ou trois morceaux demeurent même bons, et je retiens celui-ci en particulier qui mêle bien la folie de Katerine et la pop/kitsch de la vieille science-fiction – hommage assumé au Cinquième Élément. Et puis la voix d’Ariel Dombasle ajoute un brin d’originalité à cet univers fantasque !

NOTE ATTRIBUÉE AU TITRE : 8/10
NOTE ATTRIBUÉE À L’ALBUM : 5/10

Les hydroalcooliques anonymes

Contagion (2010)Affiche Contagion
Film de Steven Soderbergh

Le traitement est assez original, contrairement à l’habituel film catastrophe, même si du coup le film en devient un peu long. Ce qui est intéressant, c’est l’attachement maladif porté aux détails de propagation du virus, ce qui provoque en nous une certaine prise de conscience : on ressort du visionnage plus attentif au quotidien. Si les plans demeurent très simples et la mise en scène épurée, le découpage l’est moins. Dès le début, on est précipité au cœur de ladite contagion avec une certaine agressivité, ce qui à mon sens retranscrit bien l’aspect inattendu du phénomène. Ce que je reprocherais à ce film, tout comme j’ai pu le lire dans pas mal de critique SC, c’est le fait qu’il suive autant de personnages « principaux » et qu’il n’arrive pas finalement à l’assumer : certains paraissent totalement inutiles car négligés. Après, la rupture réside aussi dans le fait que certains d’entre eux – qui traditionnellement survivent pendant le film du fait de leur importance présupposée – se retrouvent morts au bout de peu de temps, sans que finalement cela semble plus grave que la perte d’une personne lambda. Cela peut retranscrire la banalité de la mort dans ce genre de circonstances et rappeler l’égalité devant elle – trop souvent ignorée dans les œuvres de fiction – et c’est quelque part astucieux puisqu’ayant accompli leur fonction, certains personnages sortent de l’histoire ou bien y rentrent réellement en mourant (Gwyneth Paltrow). Côté soundtrack, on retrouve quelque chose d’assez psychédélique qui nous tient en allène, encore une très jolie création du talentueux Cliff Martinez, et qui peut être interprétée comme un hommage à la bande-son de 28 jours plus tard. Visuellement, la photographie tiraillée entre le bleu et le jaune pourrait rendre compte des dilemmes auxquels tout un chacun se voit confronté. Elle pourrait également traduire l’avancée versatile de l’épidémie et la séparation entre chercheurs dépassés et civils paniqués – frontière changeante puisque les chercheurs se retrouvent rattrapés par leur survie personnelle. En ce sens, c’est assez intelligent, même si ça n’est pas superbe. La fin est à l’image de l’oeuvre : intéressante sous bien des aspects, mais comme incomplète… Il manque un truc à ce film.

NOTE ATTRIBUÉE : 14/20

Critique publiée sur SENSCRITIQUE le 3 novembre 2013

Amélie, l’âge étudiant

Couverture Antéchrista

Un peu léger et répétitif, cousu de fil blanc même, mais transposant bien les questionnement existentiels de l’adolescence : ainsi chacun s’y reconnaîtra. Même si l’on s’étonne parfois de lire un livre aux abords du « livre de fille », que l’héroïne envahissante nous exaspère et que les personnages paraissent de la plus haute niaiserie, on sent quelque part une forme de réalité exacerbée et cathartique, et dont les questions qu’elle suscite continuent à nous hanter bien après la lecture. Personnellement, après avoir pesé le pour et le contre, je trouve qu' »Antéchrista » demeure un bon livre.

NOTE ATTRIBUÉE : 14/20

Critique publiée sur SENSCRITIQUE le 1 décembre 2013

Un témoignage avant tout

Affiche No

No (2013)
Film de Pablo Larrain

Au visionnage de « No », le première chose qui frappe est bien-sûr le choix esthétique, qui est assez atypique. A première vue on pense au dogma : grain DV, cadrage et montage « home-made » ; on aime, on aime pas. Mais je pense en fait, pour avoir fait l’expérience de voir le film en deux fois et à des intervalles conséquents, que cela va beaucoup plus loin et qu’il faut un moment pour saisir la visée et le parti pris de ce choix, et lorsqu’on comprend, alors on peut enfin voir le film sous l’angle voulu et l’apprécier comme il se doit, et alors on pige que si le film a ce grain et ce rythme, c’est pour paraître authentique de telle manière que, mêlées à de vraies images d’archives, les images « tournées » paraissent elles-même d’époque et l’objet final a tout d’un véritable reportage. En réalité, lorsqu’on comprend tout ça, on considère avant tout le visionnage du film comme un devoir de mémoire et on oublie totalement les quelques lenteurs qui en font à la fois une pièce réaliste et indispensable.

NOTE ATTRIBUÉE : 15/20

Critique publiée sur SENSCRITIQUE le 6 janvier 2014